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Elle chante pour les plantes, les oiseaux , et de sa voix cristalline elle leur parle…Que ce soit par son talent ou par sa vie, Luzmila Carpio est vraiment quelqu’un de particulier!

Née en 1954 dans un petit village bolivien de la Cordillère des Andes, Luzmila Carpio est d’origine Quechua-Amara. Quand , en 1971, elle débute dans une station de radio, il y a quelque temps déjà qu’elle compose et chante en Quechua des chansons traditionnelles qui racontent la nature, son peuple et les coutumes. Accompagnée d’instruments traditionnels, elle reprend aussi des chansons déjà connues de ses ancêtres…elle est même élue « nusta » ( princesse) nationale avec le groupe Los Provincianos.

Mais sa vie n’est pas que musicale! Tout le combat de Luzmila Carpio est de faire connaître et reconnaître les racines et la culture de son peuple, et elle s’y donne toute entière. Au début des années 80, elle s’installe à Paris et  s’engage aux côté de l’Unicef et de la Cimade, en faveur du droit des femmes, de l’accès à l’eau, de l’éducation en Bolivie etc…Par ailleurs, la reconnaissance artistique est au rendez-vous, et elle reçoit le titre d’ ambassadrice de la culture indigène bolivienne.

En 2004, elle sort l’album « Le Chant de la Terre et des Etoiles »… puis elle participe au « Concert pour la paix »… avant  - excusez du peu!- d’être nommée Ambassadrice de Bolivie en France ( de 2006 à 2010) et de devenir  Grand Officier de l’Ordre du Mérite en 2011! .

A travers les jayllis( hymnes sacrés), les arawis (plus sentimentaux) et les chants liés à la fertilité, Luzmila Carpio nous ouvre les portes d’un univers musical très poétique et presque oublié. A capella ou sobrement accompagnée d’un luth charango, d’une guitare, de flûtes ou de choeurs, elle chante les prières aux divinités, à son peuple, à la nature, au condor…ou nous enchante d’une berceuse traditionnelle. Dotée d’une voix particulière, elle est capable de monter dans les aigus les plus purs. Yehudi Menuhin disait de Luzmila Carpio  » c’est un violon qui chante », et lorsqu’elle imite leurs trilles et leurs chants, même les oiseaux s’y trompent et lui répondent… C’est ce que ceux qui l’ont entendue à FES il y a quelques semaines ont pu  vérifier dans les jardins de BATHA!..tout comme ils ont pu apprécier non seulement les dons d’artiste de Luzmila Carpio, mais aussi sa personnalité à la fois naturelle , déterminée et disponible…

 

Le Festival des Musiques Sacrées du Monde à Fes n’est pas uniquement musical… Les matinées des 5 premiers jours sont consacrées au « Forum de Fes », qui a l’ambition de faire réfléchir et discuter sur le monde tel qu’il va ou plutôt  ne va pas et qui aborde de grands sujets de société (c’est  »une âme pour la mondialisation »...). Venus de partout, personnalités politiques ou médiatiques, universitaires, philosophes , artistes, et bien sûr simples festivaliers se retrouvent dans le cadre enchanteur et apaisant des jardins de Batha, où « l’esprit de Fes » ne manque pas de souffler ses valeurs de tolérance et d’ouverture… Est-ce la magie du lieu ou le talent des organisateurs, il y survient  plus qu’ailleurs  de belles rencontres,  des dialogues rares ou improbables,  des témoignages inattendus… et si on sait bien que cela ne résoudra  pas les grands problèmes, voir que le dialogue est possible est déjà une satisfaction, parfois un événement et qui sait, une première impulsion…même si l’actualité se rappelle parfois brutalement à nous!

Intense et vivant, le Forum de cette année aura particulièrement marqué les esprits. Comme prévu, il a d’abord rendu  hommage à Nelson Mandela ( une table ronde réunissant Jack Lang, la vice-présidente du Sénat français Bariza Khiari et Patrick Viveret), puis c’est «  le vivre ensemble » , les sociétés multiculturelles et les enjeux de la diversité ( y compris au Maroc)  qui ont fait table ronde et discussion ( entre autres  autour d’Eric Fottorino, puis avec la ministre gabonaise de la culture, le ministre marocain de la culture, le haut fonctionnaire français Zaïr Kedaddouche etc …)  avant que ne soit posée une  question  volontairement provocatrice  :  » un Nelson Mandela est-il possible au Moyen Orient? ». Leïla Chahid , entourée de la cinéaste Simone Bitton et de la journaliste israélienne Amira Hass, ainsi que du réalisateur Nabil Ayouch ( « Les chevaux de Dieu ») a mis toute sa passion et sa force de conviction pour situer le problème palestinien,en éclairer l’urgence, donner du corps et du coeur à ses attentes , tout en faisant preuve de réalisme politique et humain…de quoi passionner le public et lui donner envie de mieux comprendre et s’informer….e t les événements actuels  s’y prêtent dramatiquementt!

Autant de temps forts qui  font aussi la personnalité au Festival de Fes…et qui ont donné de la profondeur au thème de cette 20ème édition, le « voyage des cultures »...

Effervescence des derniers jours à FES : ce vendredi 13 JUIN (et jusqu’au 21) le FESTIVAL des MUSIQUES SACREES DU MONDE inaugure sa 20ème édition….une édition dont la programmation est cette année placée sous le signe du « voyage des cultures » et qui rendra hommage à Nelson Mandela lors du Forum de Fes ( conférences-débats durant 5 matinées du Festival).

Vendredi soir, c’est l’oeuvre poétique  « La Conférence des oiseaux »  qui sera le thème du spectacle d’ouverture, annoncé comme une création audacieuse associant musique, danses, arts du cirque etc.. et qui devrait se dérouler en présence de la Princesse Royale Lalla Salma…  Roberto Alagna, Johnny Clegg et Youssou N’dour (tous deux réunis pour évoquer Mandela), Rokia Traoré,  Buddy Guy et bien d’autres  animeront ensuite les grands soirs de Bab Makina… Bien sûr, les délicieux jardins du Musée Batha accueilleront comme toujours les concerts de l’après midi, plus intimes et très prisés du public ( on y découvrira par exemple l’ensemble Atlan, Jordi Savall, les chants sacrés des gitans etc…), et les palais de la médina s’ouvriront pour les concerts des « nuits de la Médina » et pour la musique Soufie.

Personnalités ou simples quidams, les très nombreux habitués du festival en attendent beaucoup, ne doutant pas que , cette année encore, l‘ »esprit de Fes » soufflera sa brise très particulière, empreinte de tolérance, d’ouverture…et aussi  de découvertes et de surprises inattendues…

De tout cela bien sûr, culture-et-plus vous  rendra compte!

« Ni pop,  ni jazz,  ni classique »  ou encore   » quelque chose de très contemporain interprété par des instruments traditionnels »...voilà comment Rokia TRAORE définit sa gageure artistique personnelle . Et elle s’emploie à le démontrer sur scène actuellement, puisque ces prochaines semaines, elle se produit en France, en Belgique et en Russie, avant de participer au Musiques Sacrées du Monde à FES le 16 juin .

L’ artiste malienne, née à Bamako en 1974, à la fois chanteuse, auteur-compositeur, interprète et guitariste,  n’est bien sûr pas une inconnue pour le public. De nombreux succès ont jalonné sa carrière, en particulier une  Victoire de la Musique en 2009 pour son album Tchamantché. En 2005, elle avait participé à « Billie and me », et en 2010, elle a composé et chanté pour le DESDEMONA de P. Sellers et T. Morrisson, avant d’entamer (2011-2012) une tournée assez triomphale, « ROOTS »….A chaque fois, son style artistique mêle la tradition malienne ( musique mandingue) et le modernisme occidental. Le fait d’avoir suivi un père diplomate dans des affectations successives n’est sans doute pas étranger à cette ouverture ( Rokia  Traore a par ailleurs fait des études à Bruxelles). Si ses musiciens utilisent des instruments traditionnels  (balafon, djembe…), sa voix, elle, reste libre de s’évader hors des frontières. Depuis quelques années, elle a également intégré guitare électrique, basse et batterie en accompagnement de son répertoire.

Rokia TRAORE refuse « d’entrer dans des cases » et ce mélange de calme intérieur et d’indéfectible détermination lui a valu le qualificatif de « guerrière tranquille » ( par Métronews). Son album   »BEAUTIFUL AFRICA » (2013) marque un virage « rock », en même temps qu’un engagement politique plus marqué. Rokia TRAORE, qui s’autodéfinit comme « afroprogressiste » a aujourd’hui fait du monde entier sa scène….

« Une référence », « un mythe », « une légende vivante »….les superlatifs ne sont pas assez nombreux pour qualifier BUDDY GUY… ce musicien de blues -rock que les plus grands vénèrent ( les Rolling Stones par exemple sont des admirateurs inconditionnels). Un artiste rare, mais qui nous donne une chance de l’applaudir cet été, car il a 2 concerts programmés en France en juillet ( à l’Olympia le 3 juillet  et au Festival Jazz de Vienne le 4 juillet), et par ailleurs, il assurera la clôture  du 20ème Festival des Musiques Sacrées de Fes le 21 juin prochain….

BUDDY GUY est né en Louisiane en 1936. C’est là qu’il découvre la musique, très modestement d’abord, sur une guitare qu’il a lui-même fabriquée. En 1957, il part pour Chicago, travaillant comme guitariste de studio, jouant aussi en solo et se produisant dans des bars etc… Il se fait peu à peu remarquer, le vrai succès arrivant dans le milieu des années 1960, il enregistre alors avec Eric CLAPTON et multiplie les tournées mondiales ( en 1970, il fait la première partie de la tournée française des Rolling Stones). Comme les autres  bluesmen , il connaît  une éclipse dans les années 70 et  80, mais un renouveau en 1989  lorsqu’il ouvre son  fameux  club  » LEGEND  »  à  Chicago  puis  sort   l’album    » damn right, I’ve got the blues »(1991),  qui relance sa carrière. Son nom appartient  aujourd’hui  à la même légende  que ceux  de John Lee HOOKER ou de BB KING, et  il fait incontestablement partie des très grands du blues rock.

Citons 2 autres albums de sa discographie: « Sweet Tea » en 2001 ( album très lancinant, qui s’apparente plus au « blues hypnotique »)  et le plus récent,   »Rythm and Blues » en 2013

Le 20ème Festival des Musiques Sacrées du Monde  se déroulera à FES du 13 au 21 juin 2014, sur le thème « la Conférence des Oiseaux… » ( allégorie poétique du persan Farid Al-Din Attar écrite au 12ème siècle)… » ou lorsque les cultures voyagent »… La programmation est en cours de finalisation. Parmi les artistes annoncés, on trouve Roberto ALAGNA, YOUSSOU N’DOUR, Rokia TRAORE, Jordi SAVALL , Buddy Guy ou encore Johnny Clegg. Quant au Forum de FES, il devrait faire référence à Nelson MANDELA…  

A bientôt pour le programme définitif!

Entre grands concerts du soir à Bab Makina et concerts plus intimes  l’après-midi dans les jardins Batha, les plaisirs musicaux n’ont pas boudé la 19ème édition des Musiques Sacrées du Monde à Fes. Alors que se prépare la 20ème édition, pourquoi ne pas revenir sur quelques moments forts de juin 2013, ne serait-ce que pour le plaisir de revivre des instants de découverte et d’émotion…

 

Une rencontre inattendue: les voix nomades Sardaigne/Mongolie

…L’occasion de découvrir le chant diphonique khöömii et de retrouver les polyphonies des Tenores. Mais surtout, l’émerveillement d’entendre une fusion-évidence, car non seulement l’accord était musicalement beau, mais sardes et mongols contaient la même histoire…et nous la comprenions!…des instants magiques qui gomment les frontières, comment mieux illustrer l’ « esprit de Fes » !?

 

 

La perfection : Paco De Lucia

La légende vivante du flamenco a littéralement envouté le public de Bab Makina. Quand le professionnalisme aiguise l’émotion, on touche au génie et à la perfection. Et ce fut le cas tout au long du concert. Connaisseur ou non du flamenco, chacun a eu conscience de partager un moment d’exception. Les chanteurs et les musiciens de Paco De Lucia étaient sur le même registre d’excellence…et que dire du danseur Farruco ? Il a subjugué chaque spectateur et a fait un triomphe !

 

Une déception : Assala Nasri

Le concert devait être particulièrement « chaud »,eu égard à la popularité et à la personnalité de la chanteuse syrienne, mais le rendez-vous a été manqué. Le public n’a pas adhéré au choix des morceaux chantés par Assala Nasri ( son dernier album), et la vedette n’a pas apprécié les remous des spectateurs…A-t-elle eu peur comme on l’a dit?a-t-elle été vexée par les réactions ? Toujours est-il qu’elle a quitté prématurément (pour ne pas dire précipitamment) la scène, laissant une impression assez négative sur son concert. C’est la déception de cette programmation…

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La séduction : Ana Moura

Ana Moura revisite le Fado, qu’elle dynamise et dynamite. Elle le fait avec charme et talent, alliant douceur et énergie. Elle a totalement séduit le public de Batha…et c’était justifié !

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Un succès … populaire : El gusto

…ils ne sont pas jeunes ( Robert Castel est un des piliers de la formation), ils ne sont pas beaux, leur humour « date » un peu, ils ne sont pas tous bons musiciens ou chanteurs…et pourtant le public a fait un vrai triomphe à cet ensemble jovial , né dans la casbah d’Alger et qui mêle le châabi algérois et la musique arabo-andalouse et judéo-arabe dans un esprit de fête et de convivialité…alors pourquoi faire la fine bouche, ce fut une soirée appréciée !

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Un mythe bien vivant : Patti Smith

Certains s’interrogeaient sur la concordance Patti Smith/Musiques sacrées, beaucoup se demandaient comment l’icône punk-rock avait vieilli…eh bien la réponse était dans le concert. Patti Smith a assuré dans tous les sens du terme. Sa voix n’a rien perdu, son énergie est intacte, et, manifestement, elle aime toujours autant la scène. Le public n’a donc pas boudé son bonheur, même le spectateur  Edgar Morin a retrouvé ses 20 ans et n’a pu s’empêcher de danser!Un concert mythique qui gommait les années ! 

 LES « MUSIQUES  SACREES  DU  MONDE » DE FES

C’est un fait, les Festivals sont à la mode. Ils s’affichent du nord au sud, d’est en ouest, dans les grandes villes ou dans les trous perdus…chaque région veut le sien, chaque thème est bon à prendre…Difficile de les dénombrer et de s’y repérer. On trouve aujourd’hui le meilleur et le pire : festivals de musique classique, ou baroque, ou celtique…de rock , de jazz, d’art lyrique, du roman américain… festivals connus et reconnus, festivals confidentiels, ou improbables, ou éphémères…Quelques belles têtes d’affiches, un zeste d’imagination et de talent, une dose de snobisme parfois, rien n’est gagné d’avance, la concurrence est internationale , surtout l’été!

Et puis il y a le Festival Musiques Sacrées du Monde de Fes, et il occupe une place à part. Depuis près de 20 ans ( 19ème édition cette année, sur le thème de « Fes l’Andalouse »), il attire dans la magnifique médina un public international, nombreux et souvent fidèle . Rares sont ceux qu’il laisse indifférents et on y rencontre beaucoup plus d’inconditionnels que de déçus…Pour le public comme pour les artistes, ce Festival est devenu une référence, un incontournable.

Mais pourquoi ?

D’abord , bien sûr, parce que Fes est un écrin incomparable. Mais aussi peut-être parce qu’on ne vient pas aux Musiques sacrées uniquement pour voir et entendre de beaux spectacles ou de grands noms de la scène ( même si…). Dès l’origine, les fondateurs du Festival ont mis en avant un «  esprit de Fes », et, finalement 20 ans plus tard, l’esprit souffle toujours ! En plus des concerts, les festivaliers sont invités à participer au «  Forum de Fes », pour discuter du monde tel qu’il va ou ne va pas, tel qu’il change, inquiète ou enthousiasme. Des personnalités animent ces échanges, philosophes, poètes, écrivains, gens de la politique ou des médias…ils donnent leur regard, expriment leurs doutes et leurs espoirs, le tout dans un climat d’ouverture et de tolérance ( et, ce qui ne gâte rien, dans le cadre délicieux des jardins du musée Batha !). Parmi les thèmes abordés ces deux dernières années citons «  le poète et la cité », « après le printemps arabe quel avenir ? », « la finance peut-elle être solidaire ? », « les nouveaux enjeux de la diversité »…à chaque fois l’occasion d’une rencontre entre la culture et la réflexion, entre l’actualité et la spiritualité.

Bien sûr, la musique reste au coeur du Festival. De très grands artistes du monde entier se produisent sur la grande scène de Bab Makina. Certaines soirées ont fait date : Paco de Lucia (l’un des plus extraordinaires concerts), mais aussi Joan Baez, Björk, Patti Smith ( comme on le voit, « musiques sacrées » serait plutôt à prendre au sens de « musiques engagées » !), Archie Shepp et bien d’autres encore…

A nouveau dans les jardins Batha, en union avec l’esprit de Fes et souvent en écho au thème annuel du Festival, les fins d’après- midi proposent des concerts plus intimes, et sont souvent l’occasion de belles découvertes, voire d’instants magiques ( nul n’oubliera les voix mongoles se mêlant aux voix sardes…).

Les « nuits de la médina » ouvrent d’autres lieux à des musiques et à des chants ou danses venus du monde entier, et la musique soufi n’est pas oubliée…

Enfin, un « Festival dans la ville » est présent, avec plusieurs grands concerts gratuits en plein air , des expositions, des animations…

Le Festival dure une huitaine de jours…et les journées sont denses !

Bien sûr, en prenant de l’âge, le Festival de Fes s’est professionnalisé. La notoriété l’a sans doute rendu moins proche, moins spontané. Mais il a su garder sa personnalité et valoriser ses différences, gagner en qualité sans oublier l’ « esprit de Fes ». Indéniablement, on rencontre aux «  Musiques Sacrées » un supplément d’âme qui vaut d’y venir…et incite à revenir !

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