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 Par Pascale GUISLAIN                                                                                                                     Photo TelQuel.ma

 

Dix ans qu’on en parle! … mais cette fois l’affaire semble bien engagée, voire sur le point d’aboutir. La demande de l’inscription de la culture gnaoua au Patrimoine Mondial de l’humanité a bien été entérinée par l’UNESCO…. avec une décision finale en Décembre 2019!

L’ entrée officielle   au Patrimoine immatériel de l’Humanité comblerait bien sûr les attentes des initiateurs  du Festival Gnaoua d’Essaouira  et de tous ceux qui y ont participé depuis plus de 20 ans. Avec l’Association Yerma Gnaoua, le Festival s’attache depuis 1998 à faire connaître, respecter et apprécier l’art et la musique gnaoua au Maroc et au-delà. Et ce n’était pas chose gagnée au départ. Il y avait même pour les Gnaouas un risque de tomber peu à peu dans l’oubli, leur culture étant alors assez souvent méconnue et parfois méprisée. Ce premier pari est aujourd’hui gagné. On peut même dire que les Gnaouas ont gagné leurs lettres de noblesse, auprès du public comme parmi les nombreux artistes (souvent venus d’autres horizons musicaux) ayant partagé la scène d’Essaouira avec Mâalems et musiciens gnaouas. Même si le volet « commercial » d’un festival est regretté ou critiqué par certains puristes qui redoutent que la tradition gnaoua n’y perde de son âme, force est de reconnaître que les grands Mâalems sont aujourd’hui celébrés et bien considérés …

Plus largement, beaucoup verraient dans une inscription au Patrimoine immatériel de l’Unesco une reconnaissance de la part africaine de la culture Maghrébine … Pour rappel, les GNAOUAS rejoindraient dans la liste prestigieuse l’Espace culturel de la Place Jamaâ el Fna de Marrakech, le Moussem de Tan Tan, la diète méditerranéenne, la fauconnerie, le Festival des Cerises de Sefrou, les Arganiers marocains et la danse Taskiwin du Haut-Atlas).

Rappelons en quelques lignes  QUI  SONT  LES  GNAOUAS, présents essentiellement au Maghreb et plus sporadiquement dans quelques autres pays ( l’Egypte par ex).

Si on hésite parfois sur l’étymologie de leur nom ( « gnaoua »  vient peut-être de « Guinée » ? ou de « Ghana » ?  et  pourrait signifier « homme noir ») , on s’accorde à dire que les Gnaouas actuels descendent des esclaves  passés au Mali puis au Maroc depuis l’Afrique sub saharienne . Ils sont arrivés avec leurs croyances ( imprégnées d’animisme et régies par les djinns) , leurs cultes et leurs traditions musicales, et les sont ensuite imprégnées d’Islam ( ainsi que de certains éléments des religions juive ou chrétienne ). Les Gnaouas sont réunis en confréries mystiques, qui pratiquent une musique de transe. Le rituel gnaoua s’articule ainsi autour du mâalem (qui est à la fois maître-musicien et thérapeute) , des musiciens , des voyantes -thérapeutes, des médiums et de simples adeptes. Les instruments de musique essentiels , qui sont le  guembri  ( sorte de luth à 3 cordes particulièrement sacré pour les gnaouas ) les crotales et le tambour , vont rythmer le rite de possession qui se déroule lors de la « lila de derdeba ». Durant toute la nuit, le mâalem mènera musiciens et assistance à travers les étapes rituelles de la possession  symbolisées par les couleurs vert, noir, rouge, blanc et bleu et  marquées par des danses , des gestuelles et les transes.

Il faut bien préciser que l’art et la musique gnaoua ( ou « tagnaouite » en berbère) ne se réduisent pas à ce qui s’est diffusé via le Festival et les différentes fusions. La culture gnaoua a  gardé sa part de mystère et de confidentialité , ce qui signifie concrètement que les « lilas » et les séances thérapeutiques ne sont pas publiques, et ne sont jamais présentées  sur scènes. Inversement, on peut dire que les acrobates etc… qui accompagnent les musiciens gnaouas ( place Jamâa el Fna par ex) relèvent d’ une version plus « commerciale »,  ni traditionnelle ni rituelle.

Pour le définir, disons enfin que le genre musical gnaoua appartient au genre mystico-religieux, rythmé par des invocations et litanies , sur une polyrythmique binaire et ternaire.

On trouve évidemment sur INTERNET ( youtube par ex) des concerts ou extraits d’albums de mucisiens gnaouas              ( mâalem Hamid el Kasri, Bakbou, Alikane etc…)

Plusieurs ouvrages traitent aussi de la culture gnaoua de façon claire et abordable . Par exemple « Le Tourbillon des Génies » de Bertrand Hell chez Flammarion, ou encore « Les GNAOUA du MAROC » d’Abdelhafid CHLYEH

Enfin, l’art GNAOUA s’exprime aussi dans la peinture. Mohamed TABAL ( dont le nom signifie précisément « tambour ») en est le représentant le plus célèbre.

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Du 12 au 25 juin 2014, Essaouira accueillera le 17ème Festival Gnaoua et Musiques du Monde. Comme chaque annnée, l’ancienne Mogador se mettra en fête pour ce festival qui lui a un jour valu le surnom de « Woodstock marocain ».

Des nuits colorées et bruyantes, des rythmes endiablés dans un cadre unique, à la fois gigantesque et intimiste, voilà ce qu’offre la ville durant 4 jours en juin. A Essaouira, qu’ils soient gnaouas ou artistes venus du monde entier, les musiciens se surpassent en virtuosité, et dans cette générosité, tout devient magie. C’est que dès l’origine, le Festival gnaoua s’est construit autour d’une idée forte de la « fusion », une fusion des musiques bien sûr, mais qui symbolise aussi la fusion des âmes et des cultures.

Surtout, depuis 1998, le Festival d’Essaouira a permis de faire connaître, reconnaître et apprécier la musique gnaoua, et même de lui donner des lettres de noblesse en « réhabilitant  » une culture parfois méprisée et menacée de disparition. L’ inscription au patrimoine oral et immatériel de l’humanité sera-t-elle la prochaine victoire ?

A Essaouira, les Gnaouas mènent la danse, mais QUI SONT LES GNAOUAS ?

Héritiers des esclaves jadis venus d’Afrique, les Gnaouas forment une confrérie présente essentiellement au Maroc, dans une moindre mesure en Algérie et un peu en Tunisie. Leur culture associe au moins 3 apports majeurs: celui de l’Afrique noire, celui des traditions berbères et l’apport arabo-musulman. La référence aux esprits ne les empêche pas d’invoquer les saints et de prier Allah…

Les Gnaouas pratiquent le rite de la possession ( la derdeba)  lors de cérémonies appelées lilas. ces lilas sont rythmées par le gembri, un instrument à cordes dont le maâlem  joue pour « faire monter » les esprits, les mlouks. Le maâlem appelle donc les mlouks à l’aide de son gembri, par des devises chantées et en brûlant de l’encens ( du benjoin). Respectant scrupuleusement le rite, il les invite à se présenter dans l’aire réservée aux danses de possession, et il accompagne les transes des adeptes. La lila se déroule durant des heures, car plusieurs familles de mlouks sont successivement appelées, chaque famille étant symbolisée par une couleur…

Les pratiques rituelles, initiatiques et thérapeutiques des gnaouas sont conduites par les maître-musiciens ( les maâlems) et leurs troupes ( joueurs de crotales et de ganga, danseurs) et par des voyantes-thérapeutes. Le maâlem est respecté, voire vénéré, pour sa maîtrise du gembri ( instrument sacré pour les gnaouas) et pour sa connaissance des rites initiatiques et de possession.

Les lilas constituent la face sacrée des pratiques gnaouas. Lors de manifestations comme le Festival, c’est bien sûr la face profane qui est montrée, faite de musiques et de danses, mais sans derdeba…Le répertoire de musique gnaoua joué pour et avec le public est riche de la culture et des traditions gnaouas, mais il n’aborde pas le domaine « privé » des transes et de la possession.

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