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Bécassine était restée dans les placards de nos enfances…d’autant plus cachée qu’il n’était pas « politiquement correct » de l’aimer, voire de l’évoquer. Car il fut un temps où elle symbolisait tout ce que les bretons rejetaient question image et réputation et une petite finistérienne godiche ne pouvait décidément pas représenter la Bretagne!

Mais voilà...la petite héroïne a 110 ans, et l’heure semble venue de réviser son procès et de dissiper les malentendus. C’est ce que fait Anne GRIGNON dans l’OBS, reprenant l’ouvrage de l’historien Bernard LEHEMBRE  (  » Bécassine, une légende du siècle » chez Gautier-Languereau en 2005 , réédité cette année).

Changement de lorgnette donc: si Bécassine fait toujours rire ou sourire, plus question de la cantonner dans le rôle de petite bonniche idiote de ses débuts! Des débuts qui sont pour beaucoup dans la mauvaise réputation de Bécassine: en février 1905, il y a urgence pour boucler le premier numéro de La Semaine de Suzette, car la page 16 est toujours vierge à la veille de la parution….Jacqueline Rivière, rédactrice en chef, griffonne donc un petit scénario et réquisitionne un jeune dessinateur , Joseph-Porphyre PINCHON ( un précurseur de la « ligne claire » en dessin), qui donne forme à une petite bonne femme vêtue de vert, coiffée de blanc et…sans bouche , ce qui fera jaser!! En moins de 3 semaines, c’est le succès, et durant 8 ans La Semaine de Suzette publiera 99 historiettes faisant rire aux dépens d’une pauvre Bécassine crédule, maladroite et pour tout dire, un peu demeurée. Le mal est fait, les bretons sont durablement mortifiés et en colère ( en 1939, la statue de cire de Bécassine sera saccagée au Musée Grévin).

Pourtant, dès 1913, Bécassine s’est métamorphosée! Si PINCHON est toujours au dessin, Maurice LANGUEREAU ( alias Caumery)  a remplacé Jacqueline Rivière au scénario…Il donne un « vrai » nom à Bécassine (Anaïs Labornez), une famille, une ville de naissance, bref une identité et surtout, un vrai rôle. Il fait évoluer Bécassine  dans le siècle et dans la société de l’époque. Elle parcourt le monde, exerce maints métiers, et traverse l’histoire. La voici infirmière, marraine de guerre, au volant d’une voiture ( pas si fréquent pour une femme à l’époque!), pilotant un aéroplane  ou encore éducatrice progressiste et tendre pour sa chère Loulotte ( ce que Françoise DOLTO elle-même avait noté!). Certes elle reste simple et naïve, mais le ridicule est bien plus du côté de son entourage, reflet instructif de ces décennies ( les « femmes du monde » face aux « congés payés » dans « Bécassine en roulotte » en sont un bon exemple! ) . Et voici  les « BECASSINE » devenus des  témoignages des mentalités et des relations de toute une époque!

On dit par ailleurs  qu’HERGE était un grand admirateur des albums de Bécassine et qu’il s’est inspiré de la frimousse de la petite bretonne pour dessiner le visage de son TINTIN…

38 albums de Bécassine ont été publiés entre 1913 et 1950 ( rééditions en cours ou annoncées)…. qui composent un inattendu livre d’histoire, et sont à la fois amusants et instructifs à relire sous cet angle!

On sait depuis longtemps l‘importance particulière du cinéma pour les habitants de Téhéran,et cela en dépit d’une censure omniprésente et d’innombrables interdictions de films…

Quant au réalisateur Jafar PANAHI, quoique connu et reconnu en Iran et ailleurs, il n’a tout simplement pas le droit de tourner. Le voici pourtant qui nous propose un incroyable film:  » TAXI-TEHERAN « , avec plus de maîtrise et d’insolence que jamais! Pour le réaliser, il s’est fait chauffeur de taxi dans la capitale iranienne, filmant comme sans y toucher  maintes petites et grandes scènes de la vie quotidienne . Ses acteurs? comment savoir, le film n’a pas de générique !…Quelques « vrais » clients peut-être, et bien sûr aussi, des parents ou des amis de Jafar PANAHI …. les dialogues sont-ils écrits ou improvisés? on ne sait pas trop non plus, sans doute un peu des deux, ce n’est pas le plus important …

 Car tout ça nous donne un film hors normes, plein d’énergie et de drôlerie, tendre, burlesque et acide. Un chef d’oeuvre à voir en priorité ( même s’il est absent des grandes salles commerciales), une  immersion inattendue dans une vie quotidienne  absurde et attachante, courageuse et obstinée …

Au-delà d’un succès d’estime et du bouche à bouche qui le recommande, rappelons quand même que  le film a obtenu l’Ours d’Or  au Festival de Berlin .

TAXI- TEHERAN , comédie dramatique iranienne, par JAFAR  PANAHI ( durée 1h22 )

Ces dernières semaines, on a beaucoup vu et entendu Zahia ZIOUANI dans les médias: dans  Thé ou Café  sur France 2 ou  Version Fémina par exemple et  pour n’en citer que deux. Elle est aussi l’une des 7 femmes « Libres, insoumises et audacieuses » dont le livre de Claire Champenois et Catherine Bendayan fait le portrait ( « les points sur les i » Editions)….

Il faut dire que la jeune  femme , l’une des très rares femmes Chef d’orchestre ,allie un parcours exceptionnel et une personnalité remarquable!

Absolument rien ne prédisposait la petite Zahia, née en 1978,  à devenir chef d’orchestre. Elle cumulait plutôt les handicaps: être une fille,née dans une famille franco-algérienne d’origine kabyle, vivant et étudiant à Pantin n’était pas vraiment le meilleur  laisser-passer pour cette carrière… quelques enseignants se sont d’ailleurs bien chargés de le lui répéter! Mais voilà, Zahia était à la fois douée pour la musique  et les études et totalement  déterminée  à atteindre son but. Elle a donc décidé de lutter contre tous les préjugés, si possible avec le sourire et sans aigreur… Quant à ses parents, ouverts à la musique et à la culture en général, ils  l’ont toujours soutenue…

Dès 8 ans, Zahia chante donc en chorale, puis elle apprend la guitare, avant d’étudier l’alto, et d’obtenir plusieurs prix de Conservatoire. Elle étudie ensuite la direction d’orchestre à Paris et à Munich, auprès de Sergiu Celidache . Dans la foulée, elle crée et dirige Divertimento, un orchestre symphonique qui compte aujourd’hui 70 musiciens. En 2007, Zahia Zaouani est  Chef d’Orchestre principal invité à diriger l’Orchestre national Symphonique d’Algérie . Elle participe à de nombreux festivals avec Divertimento,  et gagne peu à peu estime et reconnaissance.

Mais surtout, Zahia Zaouani est aussi aujourd’hui à la tête de l’Ecole de Musique et de danse de STAINS, et elle multiplie les concerts  en banlieue, car elle n’a pas oublié les écueils de son enfance, et elle met tout en oeuvre pour sensibiliser les jeunes du « 9-3″( et d’ailleurs!) à la musique…

Femme talentueuse, volontaire , joyeuse et passionnée, Zahia Zaouani apporte à son métier un vrai « supplément d’âme » , ce qui fait d’elle un Chef d’Orchestre « à part », et pas seulement parce qu’elle est l’une des très rares femmes à l’exercer!

                                                                                             COUV++libres+insoumises+et+audacieuses+ineractif11_opt

Debut de parcours exceptionnel pour  ce jeune anglais d’origine ghanéenne : il commence par tout plaquer: Londres, sa famille et des études d’avocat pour débarquer sans rien à Paris…Là, de galère en galère, il finit par chanter dans le métro pour vivoter et « ne pas sombrer dans la folie »…. Les habitués de la  ligne 2 sont vite séduits par le jeune homme et son piano- jouet puis des professionnels le remarquent et croient en lui.

Du coup, il y a deux ans le grand public a fait  la connaissance de Benjamin Clémentine grâce à une poignée de chansons…et  le voici qui sort son premier album « At least for now »

Les avis sont unanimes, le jeune musicien  possède une personnalité et un talent hors du commun. Impossible de rester indifférent à sa voix ou à ses textes. Fier de ses références ( Erik Satie, Nina Simone, Ferré et Brassens), il nous livre des chansons intenses, à la fois très personnelles et universelles…

A  ECOUTER SANS ATTENDRE!!!

Avec ces  » crayons pour Charlie »   BANKSY    prouve qu’un simple dessin parle mieux que les mots….(publié sur twitter)

 

….et  MATT  illustre  à sa façon l’absurdité du « danger » des dessins…..  ( publication The Telegraph)

 

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Quand il y a quelques mois, Louis Winsberg, guitariste -jazz talentueux et renommé ( et à l’origine du groupe jazz-rock SIXUN…excusez du peu!)  concrétise sa fascination de toujours pour l’univers gitan, il réunit deux virtuoses de la guitare: Antonio El Titi ( guitare flamenco) et Rocky Grosset ( guitare manouche)….un trio « de choc » se forme, qui sort « GYPSY  EYES »,  album  fascinant  qui mêle compositions originales et reprises avec tout le talent qu’on pouvait attendre de ces formidables musiciens.

10 morceaux à écouter pour le plaisir.…et même si possible, à entendre en live, car le trio tourne pour présenter l’album, et leur concert est une réussite …

Pas d’effets spéciaux ou électroniques chez SHAI MAESTRO TRIO… juste le son pur et parfait d’un piano, d’une contrebasse et d’une batterie, tenus par trois jeunes musiciens particulièrement doués . Un trio maintenant sollicité par des salles et des festivals dans le monde entier…alors, attention, ne pas rater leur passage s’il se présente! En tout cas, le public du Tourcoing Jazz Festival 2014  ne s’y est pas trompé ( il faut dire que certains avaient déjà pu applaudir le trio lors d’une soirée au Jazz Club), venu nombreux et définitivement séduit par le répertoire et le talent de Shaï Maestro Trio. Impressionnant concert!

A l’origine et au centre du trio, le  jeune pianiste israélien Shaï Maestro, né en 1987, et qui découvre le jazz dès l’âge de 8 ans en écoutant Oscar Paterson. Il étudie ( brillamment!) le piano ( piano classique et piano-jazz), la composition et même le tabla indien, puis à 19 ans et durant 5 ans, il accompagne le contrebassiste Avishaï Cohen sur les scènes les plus prestigieuses.

En 2012, rejoint par Jorge ROEDER à la contrebasse et Ziv RAVITZ à la batterie, il sort un premier album éponyme…puis un second album  en 2013  » Road to Ithaca », tandis qu’ un 3ème enregistrement est actuellement en préparation….

A écouter sans aucune modération!

La soirée d’ouverture du Tourcoing Jazz Festival a tenu toutes ses promesses ce samedi: venu très nombreux pour applaudir Youn Sun Nah  puis Grégory Porter , le public  a eu droit à mieux encore que les 2 plateaux annoncés…car c’est bien à deux « vrais  » concerts qu’il a pu assister dans la même soirée… Trois heures de plaisir musical, avec deux voix d’exception et deux vraies personnalités ….

YOUN  SUN  NAH, UNE  DIVA  PROCHE  DE  SON  PUBLIC  

Sa voix « parlée » est toute douce et fragile…mais ne pas s’y fier! Dès que ses musiciens ( le guitariste Ulf Wakenius, l’accordéoniste David Venitucci et le contrebassiste Simon Tailleu) jouent, YOUN SUN NAH  prend toute sa dimension. Sa palette vocale semble sans limites: des aigus les plus purs aux basses les plus profondes, cristalline puis rockeuse….on va avec elle de surprise en surprise, et d’émerveillement en émerveillement. Rien ne lui semble impossible ou difficile…Elle improvise, étonne, ensorcèle… Le public lui a bien sûr fait un triomphe, mérité!

 

GREGORY  PORTER , COMME  A  NEW- YORK….

« Etoile montante du jazz », Grégory Porter est déjà une vedette reconnue,qui attire un public important, mais ses musiciens jouent aussi  un grand rôle dans la qualité du concert…Yosuké Sato   est un saxophoniste fabuleux, et le pianiste ( Chip Crawford) et le batteur (Emanuel Harrold) n’étaient pas en reste. Tous les ingrédients étaient donc réunis pour que la « voix d’or » de baryton de Grégory Porter prenne toute son ampleur…une voix soul et chaude, depuis les ballades jusqu’aux rythmes gospel. Et un artiste élégant et chaleureux qui , lui aussi, a séduit et captivé le public.

Depuis 1944, année de la création de « HUIS CLOS » à Paris, on sait que « l’enfer, c’est les autres »… (même si Jean-Paul SARTRE contestait que cette réplique devenue slogan soit conçue au premier degré). Soixante-dix ans plus tard, la pièce,  reprise par La VIRGULE en ouverture de la saison 2014-2015, n’a rien perdu de sa force et de sa modernité. 

Dans un décor très dépouillé ( le « minimum requis » pour la pièce: trois fauteuils, un bronze de Barbedienne et un coupe-papier), la mise en scène d’Agathe Alexis et Alain Alexis Barsacq vise l’essentiel et valorise  la force des mots. C’est bien le texte qui est au centre de la mise en scène, servi par le jeu impeccable ( et implacable!) d’Agathe Alexis, impressionnante de présence , de maîtrise et d’acuité dans le rôle d’Ines…Valérie Dablemont, elle, incarne une Estelle sensible, vibrante et attachante…Du coup, bien que les interprètes de Joseph Garcin  et du garçon d’étage soient plus en retrait, on assiste à une excellente version de « HUIS  CLOS », à la fois fidèle à l’écriture de Sartre et parfaitement actuelle.

En pratique: jusqu’au 18 octobre à La Virgule, au Salon de Théâtre, Bd Gambetta à Tourcoing ( 03 20 27 13 63 )

Effervescence des derniers jours à FES : ce vendredi 13 JUIN (et jusqu’au 21) le FESTIVAL des MUSIQUES SACREES DU MONDE inaugure sa 20ème édition….une édition dont la programmation est cette année placée sous le signe du « voyage des cultures » et qui rendra hommage à Nelson Mandela lors du Forum de Fes ( conférences-débats durant 5 matinées du Festival).

Vendredi soir, c’est l’oeuvre poétique  « La Conférence des oiseaux »  qui sera le thème du spectacle d’ouverture, annoncé comme une création audacieuse associant musique, danses, arts du cirque etc.. et qui devrait se dérouler en présence de la Princesse Royale Lalla Salma…  Roberto Alagna, Johnny Clegg et Youssou N’dour (tous deux réunis pour évoquer Mandela), Rokia Traoré,  Buddy Guy et bien d’autres  animeront ensuite les grands soirs de Bab Makina… Bien sûr, les délicieux jardins du Musée Batha accueilleront comme toujours les concerts de l’après midi, plus intimes et très prisés du public ( on y découvrira par exemple l’ensemble Atlan, Jordi Savall, les chants sacrés des gitans etc…), et les palais de la médina s’ouvriront pour les concerts des « nuits de la Médina » et pour la musique Soufie.

Personnalités ou simples quidams, les très nombreux habitués du festival en attendent beaucoup, ne doutant pas que , cette année encore, l‘ »esprit de Fes » soufflera sa brise très particulière, empreinte de tolérance, d’ouverture…et aussi  de découvertes et de surprises inattendues…

De tout cela bien sûr, culture-et-plus vous  rendra compte!

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